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L’évasion

Note de l’auteur : J’ai écrit cette histoire pour répondre à l’appel à texte d’un magazine réputé, QUINZAINES (Paris), pour une édition sur le thème du polar avec comme contraintes : un texte de moins de 4700 caractères (espaces comprises) et l’obligation de commencer par la phrase “La journée avait bien commencé”.
J’ai rajouté une petite dose de paranormal pour rester dans l’esprit de ce que je sais faire et j’ai été retenu !
Cette nouvelle est donc publiée dans le recueil édité par QUINZAINES en supplément du magazine envoyé aux abonnés.

La journée avait bien commencé. Au premier étage de la gendarmerie, le fraichement promu capitaine Travard était confortablement installé dans son nouveau bureau. Même ce dimanche de garde n’entachait pas sa bonne humeur, d’autant que son équipe de rugby favorite jouait, l’après-midi même, la finale du championnat national.

Il se dirigea vers une armoire, sortit un épais trousseau de clés de son uniforme et ses yeux s’illuminèrent comme un enfant le matin de Noël en découvrant son reflet dans l’écran cathodique.

— Franck, t’es un vrai pote ! s’exclama-t-il.

Son équipier lui avait confié sa télévision portative. Georges allait admirer le Stade toulousain sur le chemin de la victoire. Une fois l’appareil branché et réglé, il dédia la matinée aux tâches administratives. La faim le sortit de la lecture du dernier rapport d’enquête. Concentré, il attrapa son sandwich et reprit. La télévision crépitait en fond, le volume au minimum. À ce rythme, j’aurais terminé avant le début des hostilités, se réjouit-il.

Le document détaillait l’arrestation d’un homme pour tentative d’assassinat sur le maire de la ville, qu’il accusait de corruption. Il était toujours en cellule dans les locaux et attendait son transfert au centre de détention. Georges passa en revue les dépositions, jugea le dossier prêt à être envoyé à la hiérarchie et y apposa la signature finale quand l’arbitre siffla.

— Pile au bon moment, dit-il fièrement.

La majorité de la rencontre se déroulait à l’avantage de l’adversaire lorsque l’écran se troubla et le haut-parleur crépita.

— Ah non, pas maintenant, ils allaient planter un essai !

Il tentait de retrouver la fréquence quand l’image se figea sur un homme qui semblait le fixer au travers de la surface vitrée du boitier. Sans réfléchir, Georges empoigna le téléphone, composa un numéro et l’on décrocha.

— Allo ?

— Franck ?

— Ah Georges ! Alors ce match, ça joue bien en face.

— Justement, il ne marche pas ton poste, dit-il énervé.

— Il ne marche pas, il fonctionne ! plaisanta son interlocuteur.

— Je suis sérieux, l’image change toute seule.

— Il te faut orienter l’antenne.

— Je sais, je l’ai fait, mais…

 Georges réalisa avec stupeur ce qu’il observait à l’écran.

— C’est notre cellule ! s’exclama-t-il.

— Tu te moques de moi ?

— Je te dis que ta télévision affiche la cellule, ouverte et vide.

— Impossible, ce doit être simplement des interférences.

— Ramène-toi, je vais vérifier.

— C’est ridicule ! Et je suis de repos.

— Des interférences qui montrent justement le sous-sol de notre gendarmerie ? Rejoins-moi immédiatement, c’est un ordre.

— Oui mon capitaine, abdiqua le jeune officier.

Franck logeait dans un appartement de fonction à deux rues de là. Georges décida alors d’avancer seul. S’il devait lui arriver quelque chose, son collègue débarquerait suffisamment tôt pour lui venir en aide, jugea-t-il.

En descendant l’unique escalier, il fit mentalement l’inventaire des personnes présentes dans le bâtiment avec lui. Ils n’étaient que deux. Le gardien, responsable de la surveillance de l’entrée, posté dans sa petite cabine vitrée, et l’intendante, qui veillait principalement à l’entretien. Georges eut un déclic : elle s’occupe également d’apporter le repas au détenu. Il interrompit sa pensée et secoua la tête en désapprobation.

— Je réfléchis comme si ce que j’ai vu était possible, se reprit-il. Je vais juste m’assurer que ce fou est à sa place.

Il se présenta face à l’imposante porte qui sécurisait la zone, la déverrouilla et entra. Le niveau comptait une salle d’interrogatoire et deux cellules vides, comme il le craignait.

Au même moment, Franck arriva au bureau. Il trouva son téléviseur allumé, offrant une vue sur son chef allongé au sol. Quand il le rejoignit, Georges reprenait péniblement connaissance.

— Tu vas bien ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’enquit-il.

— On m’a assommé on dirait bien, dit-il grimaçant, en portant une main sur l’arrière du crâne.

— Le gardien n’est plus à son poste, s’alarma Franck.

— L’intendante non plus, ajouta-t-il en montrant le plateau-repas posé au sol, intact.

La porte se referma sur eux dans un claquement assourdissant.

— Ils avaient forcément préparé l’évasion. On s’est fait avoir, maugréa Franck avant d’envoyer valser le déjeuner du détenu d’un coup de pied.

— Comment ont-ils pu faire le coup de la télé ? demanda Georges.

Je ne sais pas chef, c’est techniquement impossible, on n’a pas de caméra.

— La journée avait bien commencé, soupira le capitaine. On va devoir attendre que la relève nous sorte de là.

— Chef… c’est moi la relève pour ce soir.

Georges s’allongea sur le lit de la cellule.

— Eh bien, il ne manquerait plus que Bordeaux gagne, conclut-il, désabusé.

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Marianne
Marianne
7 mois il y a

Trop drôle! “On n’a pas de caméra…” “c’est moi la relève” …! mdr C’est bien trouvé !

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Ma toute première publication ! | Les histoires de Cyrille GILL
4 mois il y a

[…] Bien sûr la nouvelle, “L’évasion” est disponible à la lecture sur le blog en cliquant ici. […]

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