Bonus,  Mes histoires

Le miroir – Version allongée

Ce texte est une version allongée du micro-récit du même nom, réalisé dans le cadre d’une formation d’écriture.

Un frisson me parcourut le dos de bas en haut au point de poser ma main sur ma nuque comme pour me protéger. J’étais pourtant seul, comme toujours, seul et célibataire dans mon grand appartement. Mais persuadé que cette ombre n’était pas le fruit de mon imagination, je restais à l’écart de mon reflet, de peur de la voir à nouveau. Les anciens propriétaires l’avaient laissé là le jour où ils quittèrent précipitamment les lieux. L’agent immobilier n’avait pas su me donner plus de détails, mais après tout, ce grand miroir au cadre doré allait bien dans le salon avec ma décoration, alors je l’ai gardé.

« Bon, tu ne vas pas rester planté là comme un gamin, tu as le ménage à terminer, bouges toi ! » me suis-je dit pour me remotiver. « J’ai certainement halluciné, je ne suis pas un gamin ».

— Alors madame l’ombre qui m’a fait peur, c’est qui le patron ? Hein ?

Je simulais un combat de boxe face à moi-même et retrouvait ma confiance.

— Voilà, tu vois, aucune raison d’avoir peur, en plus, tu es plutôt beau gosse et …

L’ombre apparut juste derrière moi, prête à m’enlever.

— Ne te retourne pas, me souffla-t-elle.

— Je, je… ne peux plus bouger

— Tu es effrayé, n’est-ce pas ?

— Je, je …

— Réponds !

— Oui, oui.

— Bien, dit-elle.

La silhouette s’éclaircit peu à peu jusqu’à prendre la forme d’une belle femme d’une autre époque. J’avais du mal à parler, mais je compris rapidement qu’il valait mieux suivre ses instructions.

— Connais-tu l’histoire de ce miroir ?

— Je, non… je ne la connais pas.

— Il a été offert à la comtesse Marie-Anne Dannepond par une châtelaine de la région. Flattée par ce beau cadeau, elle le mit bien en évidence dans son manoir au pied des Pyrénées.

— C’était un beau cadeau en effet.

— Oui. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que ce miroir était envoûté.

— Et qu’ai-je à voir avec cette histoire ?

— Silence ! Je n’ai pas terminé.

— Oui bien sûr.

— La châtelaine était amoureuse du comte. Le sort dans le miroir devait lui permettre d’échanger son âme avec celle de la comtesse, pour ainsi prendre sa place.

— Et cela a-t-il fonctionné ?

— Oui en effet, le sort a fonctionné, mais pas avec les bonnes personnes. La châtelaine avait un second miroir à demeure, car il fallait qu’elle se regarde au moment où la comtesse se regardait aussi dans le sien. Mais le mari vint se placer lui aussi devant le miroir et la force de leur amour brisa le sort, ainsi que leur miroir.

— Donc la châtelaine n’a pas pu prendre la place qu’elle convoitait ?

— Non, elle s’est retrouvée enfermée dans son propre miroir.

— Quelle triste histoire.

Après un instant de silence pesant, je tentai de me retourner, mais elle m’interrompit.

— Rejoins-moi, me dit-elle en passant ses bras translucides autour de mon corps.

— Quoi ? Non hors de question !

— Rejoins-moi, et tu connaîtras l’éternité à mes côtés.

Le froid commença à me gagner quand un éclair me traversa réveillant un vent de révolte pour sauver ma peau.

— Bon, ça suffit maintenant. Vous êtes morte, pas moi. Je crois que c’est suffisant pour mettre un terme à notre relation qui n’a pas jamais commencé d’ailleurs !

Sur cette tirade sortie du fond de mes tripes, ne sachant pas encore d’où la force m’est venue, je réussis enfin à me retourner, et le fantôme de la châtelaine avait disparu. Soulagé, mais encore effrayé de la croiser à nouveau, je décidai de détruire le miroir sur le champ. Mais au moment de partir chercher l’outillage adéquat, je compris que j’étais déjà pris au piège dedans.

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