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Le miroir – Version allongée

Version mise à jour le 26 Novembre 2021 : publiée dans le recueil L’Ombre d’un Ange

Un frisson me parcourut le dos de bas en haut au point de poser ma main sur ma nuque pour me protéger. J’étais forcément seul dans mon appartement. Seul et célibataire. Persuadé que cette ombre n’était pas le fruit de mon imagination, je restai à l’écart de mon reflet, de peur de l’apercevoir encore. Les anciens propriétaires l’avaient laissé là le jour où ils quittèrent précipitamment les lieux. L’agent immobilier n’avait pas su me donner plus de détails. Après tout, ce beau miroir au cadre doré, tout en hauteur, s’accordait à merveille avec ma décoration dans le salon. Alors j’ai choisi de le garder.

Tu ne vas pas rester planté là comme un gamin, bouge-toi ! J’ai certainement halluciné… me suis-je dit pour me remotiver.

— Alors madame l’ombre, c’est qui le patron ? Hein ?

Je simulai un combat de boxe face à moi-même et retrouvai ma confiance.

— Voilà ! Tu vois ? Aucune raison d’avoir peur, beau gosse !

Un nuage apparut juste derrière moi tel un épais brouillard noir et froid, sorti de nulle part, prêt à m’envelopper.

— Ne te retourne pas, me souffla la voix du corps qui prenait doucement forme.

C’était pourtant ce que j’essayais en vain : me retourner pour fuir ses bras qui m’enserraient déjà le torse.

— Tu es effrayé, n’est-ce pas ?

— Je…

Évidemment…

— Réponds !

— Oui !

— Bien, jubila la voix, visiblement satisfaite.

La silhouette devint une femme, élégante, vêtue d’une tenue d’une autre époque. J’avais du mal à parler. Je compris rapidement qu’il valait mieux suivre ses instructions.

— Connais-tu l’histoire de ce miroir ? me demanda-t-elle.

— Non… Je ne la connais pas.

— Il fut offert à la comtesse Marie-Anne Dannepond par une châtelaine de la région. Flattée par ce beau cadeau, elle le mit bien en évidence dans son manoir au pied des Pyrénées.

— C’était un beau cadeau, dis-je en tentant de me dégager de son étreinte.

— Oui. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que ce miroir était envoûté.

— Et qu’ai-je à voir avec cette histoire ?

— Silence ! Je n’ai pas terminé. La châtelaine était éprise du comte. N’ayant jamais su le courtiser et trouver ses faveurs, elle plaça un sort dans le miroir. Celui-ci devait lui permettre d’échanger son âme avec celle de son épouse, et ainsi prendre sa place.

— Et cela a-t-il fonctionné ?

— Oui ! Le sort a fonctionné, sauf qu’il n’échangea pas les bonnes personnes. L’ensorceleuse disposait d’un second miroir à demeure. Il fallait qu’elle se regarde exactement au même instant que sa rivale devant son double de verre… il se passa une chose imprévue. La comtesse vint effectivement s’admirer et son mari l’enlaça. Leur miroir se brisa, ainsi que l’envoûtement qu’il renfermait, sous l’effet de leur amour.

— Donc, la châtelaine n’a pas pu prendre la place qu’elle convoitait ?

— Pire, elle s’est retrouvée enfermée dans son propre miroir.
L’apparition sembla soudainement pensive. Je décelai de la tristesse sur son visage vaporeux. Elle brisa le silence et reprit la parole alors que je tentais de me libérer.

— Rejoins-moi, me susurra-t-elle en resserrant l’étreinte de ses bras translucides et glacés autour de mon corps.

— Quoi ?

— Je ne supporte plus de rester seule à regarder des âmes passer de l’autre côté. Je t’observe depuis longtemps. Rejoins-moi, et tu connaîtras l’éternité à mes côtés.

— Non, c’est hors de question !

Le froid s’immisça de plus en plus profondément dans mon corps. Je tremblais et sentais mes os se pétrifier. Une pensée me fit sursauter. Une réaction primitive, l’instinct de survie, un éclair qui éveilla un vent de révolte pour sauver ma peau.

— Ça suffit ! Vous êtes morte, pas moi ! C’est suffisant pour mettre un terme à cette discussion !

Sur cette tirade sortie du fond de mes tripes, ne sachant pas encore d’où cette force m’était venue, je réussis enfin à faire volte-face. Le fantôme avait disparu. Soulagé, mais encore effrayé à l’idée de la croiser, j’observai attentivement toute la pièce puis décidai de détruire le miroir sur le champ. C’est au moment où je voulus le briser que je compris ce qui n’allait pas. Je ne pouvais plus me déplacer, j’étais déjà pris au piège de l’autre côté du miroir.

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