Bonus,  Ivandryss

Ivandryss – Prélude

Note de l’auteur : Ce prélude est une sorte d’avant goût, mais aussi d’exercice d’écriture dans un univers fantasy bien différent de mes nouvelles habituelles. Ceci de préfigure aucunement de la suite de ce projet et ne sera peut-être jamais utilisé au final.
Mais j’ai envie de le partager avec vous 🙂

La nuit recouvrait le village de son voile ténébreux. Edwin Aramon, fidèle à son poste d’illumineur, activa ses dernières lanternes, et en rajouta tout autour du groupe d’enfants réunis sur la place. Tous s’apprêtaient à écouter Madame Ada leur compter les origines de leur monde. Comme tous les ans, et c’était une tradition, la chef du village avait pour mission de transmettre cet héritage historique aux plus jeunes, et ainsi préserver la mémoire d’Ivandryss à travers les générations. Beaucoup d’adultes se joignirent aux enfants, y compris les nouveaux arrivants, Meryll et Eyric Lacombe, enchantés de découvrir cette légende. Ils n’avaient ni l’un ni l’autre le souvenir d’avoir entendu cette histoire à la capitale.

Ada s’installa sur un banc sous le grand chêne et observa un temps de silence, les yeux fermés, jusqu’à ce que son public soit pleinement attentif. Quand elle estima que ce fut le cas, elle entama son récit avec une première phrase solennelle, tel un discours devant une grande assemblée d’officiels.

« Enfants d’Allisis. Enfants de toute la province ouest, d’Emerine dans les montagnes à Batilia au bord de l’océan. Enfants d’Oresia, notre capitale. Enfants de tout Ivandryss. 

Comme le veut la tradition de notre village, qu’il m’incombe de perpétuer lors des festivités de printemps, je vais maintenant vous compter les origines de notre pays. Ceci est votre histoire.

Au plus lointain souvenir de nos terres, le continent n’était qu’un vaste désert, sauvage et inhabité. Jusqu’au jour où naquirent quatre êtres doués de conscience. Ces enfants de la nature sont les quatre divinités que nous vénérons encore aujourd’hui : deux sœurs Lilith et Kali ainsi que leurs frères, Dyon et Torrian. À la demande de leur mère, ils entreprirent de façonner le paysage et de répandre la vie.

Dyon, le plus fort des frères, donna forme au continent, fit croître les montagnes, creusa les fleuves, les lacs et les rivières. Il devint le père de la terre et de ses larmes.

Lilith, fit pousser les forêts, inventa toutes sortes de fleurs, souffla dessus et les fit danser. Elle devint la mère de la flore et du vent.

Kali donna la vie aux animaux, des plus grands chevaux aux plus petits insectes en passant par les oiseaux et les poissons. Elle devint la mère de tous les êtres vivants.

Torrian ne sut pas quoi ajouter à ce tableau déjà parfait que ses sœurs et son frère avaient dessiné. En colère de ne pouvoir exercer son talent, il brûla les terres du sud-est pour en faire un désert où la vie ne pourrait jamais subsister. Les trois autres comprirent alors qu’il était nécessaire de trouver un équilibre pour que règne une harmonie. Ils nommèrent Torrian père du feu et gardien de l’égalité entre eux quatre.

Ils bâtirent ensuite la ville d’Ivandryss au sud, en au bord de mer. L’unique cité du continent en devint la capitale. Ils attendirent que d’autres êtres comme eux viennent les rejoindre. Mais ce ne fut pas le cas, et au fil des siècles, ils s’ennuyèrent. Ils savaient que d’autres pays existaient au-delà des mers, mais ils ne purent se résoudre à quitter leur création. Ils en étaient devenus les gardiens, et les prisonniers.

Un jour enfin, quelque chose vint tout bouleverser. Une nouvelle espèce fit son apparition. Tous se tournèrent vers Kali, mais elle leur assura qu’elle n’y était pour rien. Elle n’était pas la mère de cette race, également douée d’intelligence. Le groupe arriva par la mer de l’ouest. Curieuses, nos divinités prirent la forme d’animaux pour pouvoir s’en approcher. a se transforma en chat blanc aux yeux verts, Kali en une magnifique hirondelle, Dyon en un grand étalon noir et Torrian en serpent. Au fil des années, à les observer et les côtoyer, ils découvrirent cette nouvelle race, les hommes, et s’aperçurent qu’ils avaient beaucoup de facultés, que ce soit pour construire, mais aussi pour raisonner et inventer.

Dyon et ses sœurs eurent une idée. “Pour ne plus nous ennuyer, pourquoi ne pas laisser le pays aux hommes ? Nous pourrions continuer à les observer et nous mêler à eux ! Et si tout se passe bien, leur confier Ivandryss et enfin partir découvrir d’autres terres au-delà des océans !”

Tous se réjouirent à cette idée, excepté Torrian. Le gardien de l’équilibre ne supporta pas l’idée de laisser ses terres à une espèce inférieure à lui. “Je préfère m’ennuyer ici plutôt que de laisser Ivandryss à ces insectes”. Lilith, Kali et leur frère tentèrent bien de le faire changer d’avis, mais rien n’y fit. À trois contre un ils décidèrent de ne pas tenir compte de son avis. Mal leur en a pris. Torrian entra alors dans une colère incontrôlable et les menaça. “C’est inacceptable ! Nous sommes des dieux comparés à eux. Je détruirais tout avant que vous ne laissiez nos terres à ces intrus”.

Torrian attaqua frontalement son frère et un long rapport de force débuta. Les sœurs essayèrent de protéger Ivandryss et les hommes, spectateurs de ce combat de titans.

Alors que Dyon pensa avoir le dessus, Torrian détourna son attention en blessant leur sœur, Kali. Profitant de ce moment de distraction, il lui infligea un coup déloyal et fatal, qui le mit à terre. Le choc fut si puissant qu’il coupa le continent pratiquement en deux, de la cote-sud jusqu’aux montagnes. Ivandryss, leur cité, se détacha du continent sous la force du choc. Un tremblement de terre s’en suivit qui déforma le continent et lui donna sa forme actuelle. Avant de mourir, Dyon implora ses sœurs de l’aider à maîtriser Torrian avant que plus rien ne subsiste. Ne pouvant se résoudre à lui ôter la vie, dans un dernier effort, Dyon, dieu de la terre, se cristallisa en une pierre blanche et absorba son frère déchaîné. Il devint ainsi la toute première des pierres source, celles qui nous fournissent la magie que nous utilisons. Il retient encore aujourd’hui l’esprit de Torrian. Lilith et Kali emportèrent ensuite la relique au plus profond d’une grotte dans la plus haute montagne que Dyon eut créé.

Désormais seules et emplies de tristesse, elles décidèrent en hommage à Dyon de laisser le pays aux hommes et disparurent. Lilith se serait réfugiée dans l’une de ses forêts sous les traits d’une enfant aux yeux de chat et Kali aurait pris la forme d’un serpent géant, errant sous les dunes dans le désert du sud-est, seul être vivant sur les terres de son frère, Torrian.

La première capitale, la ville d’Ivandryss se retrouva abandonnée sur une île au sud du ravin formé par le combat. Les humains construisirent alors Oresia, l’actuelle capitale, à l’ouest, et nommèrent le continent Ivandryss en hommage à l’ancienne cité des divinités. »

Un silence long ponctua le récit de la chef. Une petite fille osa lancer la première question du haut de ses cinq ans.

— Ada ? Comme tu es très vieille, est-ce que tu as déjà vu les divinités en vrai ?

Un éclat de rire général gagna l’audience et la petite fille se cacha derrière les jambes de sa mère.

— Tu as raison, je suis vieille, répondit Ada avec un grand sourire. Mais pas au point d’avoir vécu à cette époque ! Ces évènements se sont passés bien avant que je sois une petite fille comme toi ou même que notre village n’existe. Mais certains voyageurs racontent qu’ils auraient aperçu Lilith pas très loin d’ici dans les bois, ou encore Kali entre les dunes du désert. Peut-être sont-elles encore parmi nous, qu’en penses-tu ?

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3 mois il y a

[…] écrit mes premiers textes il y a presque vingt ans, mais je ne me suis vraiment regardé et considéré comme un écrivain […]

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2 mois il y a

[…] Ma première histoire était un pur sous-produit de fantasy médiévale très inspirée de Tolkien. Quand je relis ces vieux chapitres aujourd’hui, j’ai presque envie de manger le papier, car je n’y trouve que des imperfections. Et c’est ça qui est positif ! J’ai progressé. En faisant le choix d’écrire des nouvelles, j’ai pu explorer plusieurs univers, différents thèmes, travailler les descriptions, les dialogues, m’astreindre à respecter des contraintes. Je me suis trouvé un début de style propre. […]

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